{"id":10,"date":"2016-02-21T16:32:09","date_gmt":"2016-02-21T16:32:09","guid":{"rendered":"http:\/\/www.phil.uzh.ch\/elearning\/blog\/tourdesuisse\/?p=10"},"modified":"2018-07-31T12:45:30","modified_gmt":"2018-07-31T12:45:30","slug":"2-eintrag","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dlf.uzh.ch\/sites\/tourdesuisse\/2016\/02\/21\/2-eintrag\/","title":{"rendered":"Mamco, Mus\u00e9e d&#8217;art moderne et contemporain, Gen\u00e8ve"},"content":{"rendered":"<p>Excursion du 12.03.2016<\/p>\n<p>Le Mamco na\u00eet de la volont\u00e9 (exprim\u00e9e dans les ann\u00e9es \u201970) de consacrer un mus\u00e9e \u00e0 l\u2019exposition de l\u2019art contemporain\u00a0: gr\u00e2ce aux efforts, financiers et concrets, de la Fondation des Amis du Mamco (l\u2019Amamco), l\u2019ouverture d\u2019un pareil espace a lieu en 1994, sous la direction de Christian Bernard, qui laisse une empreinte tr\u00e8s importante sur l\u2019institution du Mamco.<\/p>\n<p>Install\u00e9 dans le b\u00e2timent d\u2019une ancienne usine, le Mamco pr\u00e9sente un aspect hors des sch\u00e9mas traditionnels du mus\u00e9e\u00a0: dans plusieurs salles, on voit encore le sol d\u2019origine, avec les taches d\u2019huile des machines, qui contraste avec les espaces immacul\u00e9s qu\u2019on a l\u2019habitude de voir dans ce genre d\u2019endroit. Un autre \u00e9l\u00e9ment \u00e9tonnant de l\u2019espace en tant que tel est sa structure interne\u00a0: au lieu d\u2019\u00eatre organis\u00e9 en amples salles, le Mamco s\u2019articule en de nombreuses cellules monographiques inspir\u00e9es des chambres exigu\u00ebs des moines. En passant d\u2019une cellule \u00e0 l\u2019autre, le visiteur est donc projet\u00e9 dans toute une s\u00e9rie de microcosmes qui sont \u00e0 la fois \u00e9norm\u00e9ment diff\u00e9rents et tr\u00e8s proches l\u2019un de l\u2019autre\u00a0; chaque lieu repr\u00e9sente intimement le travail et les enjeux intellectuels de l\u2019artiste qu\u2019il accueille, en pr\u00e9sentant une mise en sc\u00e8ne \u00e9tablie personnellement par l\u2019artiste avec le directeur. Ce rapport presque familial avec les artistes est un des principes fondateurs du Mamco\u00a0: depuis le d\u00e9but, les artistes ont toujours \u00e9t\u00e9 en contact direct avec les expositions (temporaires et permanentes)\u00a0: ils d\u00e9posent leurs \u0153uvres pendant quelques ann\u00e9es, parfois ils donnent quelques objets d\u2019art \u00e0 l\u2019institution, et enfin ils d\u00e9veloppent de temps en temps leurs salles.<\/p>\n<p>Les espaces qui repr\u00e9sentent peut-\u00eatre le mieux ce lien tr\u00e8s fort entre artiste et exposition sont les Ateliers\u00a0: certaines cellules contiennent de v\u00e9ritables ateliers d\u2019artistes, o\u00f9 ceux-ci sont cens\u00e9s se rendre au moins une fois par an pour y travailler. Depuis 1983, par exemple, Sarkis peint chaque ann\u00e9e \u00e0 l\u2019aquarelle la fen\u00eatre color\u00e9e de sa cabane. Ces petites aquarelles sont toutes accroch\u00e9es au mur en dessous de cette fen\u00eatre, avec l\u2019indication de l\u2019ann\u00e9e dans laquelle elles ont \u00e9t\u00e9 peintes ; \u00e0 cette date l\u2019artiste ajoute chaque fois un z\u00e9ro, se projetant ainsi id\u00e9alement dans le futur. Sarkis est un artiste arm\u00e9nien qui s\u2019est \u00e9tabli \u00e0 Paris au d\u00e9but de sa carri\u00e8re artistique et qui n\u2019a \u00e9t\u00e9 reconnu que r\u00e9cemment comme artiste turc. \u00c0 cause de cette identit\u00e9 difficile, qui a \u00e9t\u00e9 ni\u00e9e par le g\u00e9nocide arm\u00e9nien et le refus turc, cet homme bouge beaucoup\u00a0: il a de nombreux ateliers en diff\u00e9rents endroits et cr\u00e9e avec ces lieux des liens forts\u00a0: il jette ses racines dans ses ateliers, les investissant d\u2019une notion priv\u00e9e et domestique, visible aussi au Mamco par le matelas roul\u00e9 dans un coin de la pi\u00e8ce. On aper\u00e7oit, dans l\u2019Atelier de Sarkis, les deux th\u00e8mes qui lui sont les plus chers\u00a0: la m\u00e9moire et l\u2019origine. La cellule est rest\u00e9e exactement comme elle \u00e9tait \u00e0 l\u2019origine, sans jamais \u00eatre r\u00e9nov\u00e9e\u00a0; la d\u00e9coration se limite \u00e0 quelques photographies et bandes magn\u00e9tiques de musique ou films, sans magn\u00e9tophone, ce qui symbolise la m\u00e9moire d\u00e9sormais inactive de l\u2019\u00e9tat arm\u00e9nien. Son but n\u2019est pas cependant de rester bloqu\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9poque du g\u00e9nocide arm\u00e9nien, ni de rester passif face \u00e0 son souvenir : Sarkis investit au contraire son \u00e9nergie dans la tentative de d\u00e9passer cette trag\u00e9die.<\/p>\n<p>La dimension domestique de l\u2019Atelier de Sarkis n\u2019est pas isol\u00e9e par rapport aux autres espaces du Mamco\u00a0: les objets sont rarement organis\u00e9s de fa\u00e7on aseptique, mus\u00e9ale, mais install\u00e9s dans les diff\u00e9rentes salles \u00e0 une \u00e9chelle plus humaine\u00a0; celle que l\u2019on appelle Appartement en est l\u2019exemple le plus \u00e9loquent. Cette pi\u00e8ce contient des \u0153uvres d\u2019art minimal de la collection de Ghislain Mollet-Vi\u00e9ville, dont l\u2019Appartement est cens\u00e9 reconstruire fid\u00e8lement l\u2019habitation. Les \u0153uvres sont ici accroch\u00e9es aux murs ou dispos\u00e9es sur le sol comme on le ferait \u00e0 la maison, cr\u00e9ant une ambiance qui donne au visiteur l\u2019impression d\u2019\u00eatre accueilli dans le salon d\u2019un ami.<\/p>\n<p>La vari\u00e9t\u00e9 des expositions monographiques et temporaires du Mamco devient encore plus \u00e9tonnante au moment o\u00f9 l\u2019on entre dans le Kiosque \u00e0 dessins, une salle qui contient des \u0153uvres rang\u00e9es sur des \u00e9tag\u00e8res, comme des revues dans un magasin\u00a0; il s\u2019agit d\u2019\u0153uvres qui n\u2019ont pas pris place dans des expositions monographiques. On voit ainsi juxtapos\u00e9es des \u0153uvres tr\u00e8s diff\u00e9rentes qui sortent de contextes et expositions distincts, qui partagent toutefois des d\u00e9tails ou des concepts qui les lient. Des relations se forment alors entre temporaire et permanent et entre les diff\u00e9rents espaces du mus\u00e9e, manifestant ainsi la notion fondatrice du Mamco, qui se d\u00e9finit comme un \u00ab millefeuille \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire la juxtaposition et la mise en relation de plusieurs \u00e9l\u00e9ments en apparence parfois tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9s les uns des autres.<\/p>\n<p>Le principe du \u00ab\u00a0pont\u00a0\u00bb qui unit deux (voire plusieurs) \u00e9l\u00e9ments est mis en sc\u00e8ne de fa\u00e7on \u00e0 la fois litt\u00e9rale et conceptuelle dans l\u2019art de Siah Armajani, dont l\u2019exposition dans le Salon Scheerbart \u2013 Scheerbart Parlour est repr\u00e9sentative de quelques aspects fondateurs du Mamco. Siah Armajani est un artiste iranien qui a fui son pays (pour des raisons politiques) vers les \u00c9tats-Unis en 1960, o\u00f9 il a \u00e9tudi\u00e9 l\u2019architecture et plus particuli\u00e8rement l\u2019architecture &#8222;vernaculaire&#8220;, dont il a r\u00e9alis\u00e9 des maquettes. De cette fa\u00e7on il est arriv\u00e9 \u00e0 unir dans son art sa culture d\u2019origine \u00e0 la culture am\u00e9ricaine, en gardant des composantes de l\u2019une et de l\u2019autre dans ses constructions et en ins\u00e9rant souvent des \u00e9l\u00e9ments politiques\u00a0; \u00e0 une analyse attentive, ce qui au premier coup d\u2019\u0153il semblerait un simple recueil d\u2019objets et de mod\u00e8les architecturaux, assume une profondeur conceptuelle importante. La s\u00e9rie <em>Dictionary for Building<\/em>, par exemple, est compos\u00e9e de diverses constructions qui comportent chacune un pont, un \u00e9l\u00e9ment de conjonction entre deux parties. Dans ce cas, la m\u00e9taphore de la connexion est tr\u00e8s \u00e9vidente\u00a0; il construit des ponts entre les b\u00e2timents, entre les cultures, entre art et politique. Cet espace, comme l\u2019Appartement et l\u2019Atelier de Sarkis, a un c\u00f4t\u00e9 domestique et personnel\u00a0: la pi\u00e8ce est meubl\u00e9e et tous les objets, mobilier y compris, ont \u00e9t\u00e9 construits par Siah Armajani, qui a donc eu un r\u00f4le fondamental dans la r\u00e9alisation de la salle.<\/p>\n<p>M\u00eame si le Mamco accueille de nombreuses expositions monographiques permanentes, celles-ci sont modifi\u00e9es, d\u00e9velopp\u00e9es et d\u00e9plac\u00e9es assez souvent, dans le but d\u2019\u00eatre aussi dynamique que possible et de rendre floue la limite entre permanent et temporaire\u00a0: il s\u2019agit d\u2019un mus\u00e9e d\u2019art contemporain et il doit donc respecter les n\u00e9cessit\u00e9s et changements de celui-ci.<\/p>\n<p>En tant qu\u2019exposition temporaire, on trouve maintenant (\u00e0 c\u00f4t\u00e9 de deux autres expositions) <em>Once Upon a Time in Forevermore<\/em> de Marnie Weber, une artiste californienne qui porte \u00e0 l\u2019extr\u00eame la notion d\u2019union de diff\u00e9rents facteurs. Apr\u00e8s un d\u00e9but artistique comme musicienne, elle a \u00e9tendu son rayon d\u2019action \u00e0 diff\u00e9rents genres et formes artistiques, dont la sculpture, le collage et la vid\u00e9o, qu\u2019elle m\u00eale pour obtenir une sorte d\u2019art global. En se promenant dans les salles de l\u2019exposition, le visiteur rencontre des installations audio-visuelles, des poup\u00e9es ventriloques, des collages (dont la s\u00e9rie de 366 collages <em>The Diary Project<\/em>, qui est consid\u00e9r\u00e9e comme une synth\u00e8se, l\u2019aboutissement de la carri\u00e8re de Weber). Ce m\u00e9lange d\u2019\u00e9l\u00e9ments parfois inqui\u00e9tants cr\u00e9e au Mamco une atmosph\u00e8re de \u00ab\u00a0western\u00a0\u00bb, en formant un ensemble qui frappe le spectateur et lui donne l\u2019impression d\u2019\u00eatre dans une dimension parall\u00e8le\u00a0: on se trouve ici hors des lois de la nature, dans la fable de Marnie Weber. La synergie qui se produit entre les diff\u00e9rentes composantes de l\u2019exposition <em>Once Upon a Time in Forevermore<\/em> a un r\u00e9sultat \u00e9tonnant et ambigu, qui affirme et pervertit\u00e0 la fois les principes hollywoodiens qui ont \u00e9t\u00e9 la sc\u00e8ne de la jeunesse de l\u2019artiste californienne\u00a0: Marnie Weber s\u2019appuie ainsi sur la culture de son pays d\u2019origine pour la nier.<\/p>\n<p>Auteure: Emilia Colciaghi<\/p>\n<p>Mus\u00e9e d&#8217;art moderne et contemporain:\u00a0<a href=\"http:\/\/www.mamco.ch\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">http:\/\/www.mamco.ch\/<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Excursion du 12.03.2016 Le Mamco na\u00eet de la volont\u00e9 (exprim\u00e9e dans les ann\u00e9es \u201970) de consacrer un mus\u00e9e \u00e0 l\u2019exposition de l\u2019art contemporain\u00a0: gr\u00e2ce aux efforts, financiers et concrets, de la Fondation des Amis du Mamco (l\u2019Amamco), l\u2019ouverture d\u2019un pareil espace a lieu en 1994, sous la direction de Christian Bernard, qui laisse une empreinte&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":31,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","footnotes":""},"categories":[2,1],"tags":[],"class_list":["post-10","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-geneve","category-fs16"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/dlf.uzh.ch\/sites\/tourdesuisse\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/dlf.uzh.ch\/sites\/tourdesuisse\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/dlf.uzh.ch\/sites\/tourdesuisse\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dlf.uzh.ch\/sites\/tourdesuisse\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dlf.uzh.ch\/sites\/tourdesuisse\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10"}],"version-history":[{"count":16,"href":"https:\/\/dlf.uzh.ch\/sites\/tourdesuisse\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":384,"href":"https:\/\/dlf.uzh.ch\/sites\/tourdesuisse\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10\/revisions\/384"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dlf.uzh.ch\/sites\/tourdesuisse\/wp-json\/wp\/v2\/media\/31"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/dlf.uzh.ch\/sites\/tourdesuisse\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/dlf.uzh.ch\/sites\/tourdesuisse\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=10"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/dlf.uzh.ch\/sites\/tourdesuisse\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=10"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}