{"id":63,"date":"2024-11-10T15:17:02","date_gmt":"2024-11-10T14:17:02","guid":{"rendered":"https:\/\/dlf.uzh.ch\/openbooks\/xii-dies-romanicus-turicensis\/?post_type=chapter&#038;p=63"},"modified":"2025-05-27T09:22:57","modified_gmt":"2025-05-27T07:22:57","slug":"mathy","status":"publish","type":"chapter","link":"https:\/\/dlf.uzh.ch\/openbooks\/xii-dies-romanicus-turicensis\/chapter\/mathy\/","title":{"raw":"Parler en r\u00e9action ou la constitution agonistique d\u2019une identit\u00e9 linguistique\u00a0: Lectures discursives et auto-ethnographiques","rendered":"Parler en r\u00e9action ou la constitution agonistique d\u2019une identit\u00e9 linguistique\u00a0: Lectures discursives et auto-ethnographiques"},"content":{"raw":"<h6 style=\"font-weight: 400\">Universit\u00e9 de Li\u00e8ge<\/h6>\r\n<p style=\"font-weight: 400\"><strong>Abstract:<\/strong> This analysis is an exploratory work combining autoethnography and discourse analysis and focuses on our linguistic identity as it is built on three alterities. It is built on (1) the practice of a Belgian French that does not exist as such and is marked by linguistic insecurity; (2) Walloon-like practices themselves in tension and (3) a French-Dutch speaking linguistic conflict. From then on, it appears that this identity was built on three alterities which in turn define it: (1) otherness in relation to the well-spoken French language considered as a hegemon which dominates a necessarily marked peripheral speech; (2) otherness in relation to the Walloon language historically spoken in the territory and spoken by the ancestors; (3) otherness finally in relation to the Dutch language spoken by \u2018the Other\u2019, constructed and antagonized by and through politically situated narratives and counter-narratives. In the conclusion, we will consider how these identities in tension can be mobilized in an agentive way in order to produce rhetorical effects.\r\n<span style=\"color: #ffffff\">c<\/span>\r\n<strong>Keywords: <\/strong>gentivit\u00e9 rh\u00e9torique; francophone de Belgique; ethnographie linguistique<\/p>\r\n\r\n<h1 style=\"font-weight: 400\"><strong>1 <\/strong><strong>Introduction<\/strong><\/h1>\r\n<p style=\"font-weight: 400\">Ce travail repose sur une hypoth\u00e8se exploratoire\u00a0: nous consid\u00e9rons que l\u2019identit\u00e9, ainsi que le substrat exp\u00e9rientiel de cette derni\u00e8re, se manifestent discursivement et sont, en derni\u00e8re analyse, discursivement constitu\u00e9s. Cette hypoth\u00e8se repose sur un double postulat\u00a0: premi\u00e8rement, sans cons&shy;truction sociodiscursive l\u2019exp\u00e9rience n\u2019est constitutive de rien\u00a0; deuxi\u00e8mement, la pratique de la langue impose \u00e0 son locuteur une inscription dans un univers discursif, un imaginaire. Ainsi, il nous semble que <em>notre<\/em> identit\u00e9 linguistique s\u2019est constitu\u00e9e sp\u00e9cifiquement au sein d\u2019un champ agonistique qui antagonise une identit\u00e9 sp\u00e9cifique par rapport \u00e0 des alt\u00e9rit\u00e9s. Ce champ est la construction sociodiscursive consubstantielle \u00e0 notre exp\u00e9rience de locuteur. Par ailleurs, notre identit\u00e9 se constitue non seulement par rapport aux langues pratiqu\u00e9es, mais aussi par rapport \u00e0 des langues qui ne sont pas parl\u00e9es. Autrement dit, ce n\u2019est pas tant la pratique linguistique que l\u2019imaginaire linguistique qui est constitutif de notre identit\u00e9\u00a0\u2013 cet imaginaire \u00e9tant une construction discursive explorable comme tel.<\/p>\r\n<p style=\"font-weight: 400\">Aussi, nous souhaitons \u00e9tudier en quoi telle identit\u00e9 linguistique est, en derni\u00e8re analyse, une construction discursive\u00a0\u2013 ce qui n\u2019enl\u00e8ve rien \u00e0 la pr\u00e9gnance exp\u00e9riencielle propre au v\u00e9cu. Cette proposition de lecture n\u2019a pas pour but d\u2019aboutir \u00e0 des g\u00e9n\u00e9ralisations ou de produire un cadre d\u2019analyse de l\u2019identit\u00e9. Elle cherche simplement un retour <em>th\u00e9oris\u00e9<\/em> d\u2019une observation <em>empirique<\/em> qui s\u2019inscrit dans une double perspective\u00a0: discursive et auto-ethnographique. Dans un premier temps, nous envisagerons donc les modalit\u00e9s d\u2019articulation entre auto-ethnographie et analyse du discours. Dans un second temps, nous \u00e9tudierons la mani\u00e8re dont fonctionne discursivement cette identit\u00e9, en envisageant le champ agonistique que nous \u00e9voquions. Enfin, nous conclurons en consid\u00e9rant les possibilit\u00e9s de mobilisation agentive de cette identit\u00e9 et de performation rh\u00e9torique cons\u00e9quentes.<\/p>\r\n\r\n<h1 style=\"font-weight: 400\"><strong>2 Entre (auto-)ethnographie et analyse du discours <\/strong><\/h1>\r\n<p style=\"font-weight: 400\">Nous souhaitons envisager notre identit\u00e9 linguistique en consid\u00e9rant que notre terrain est le discours, d\u2019une part, et, d\u2019autre part, que notre exp\u00e9&shy;rience linguistique est structur\u00e9e en amont par des discours. Il convient n\u00e9anmoins d\u2019envisager dans quelle mesure l\u2019articulation de l\u2019ethnographie et de l\u2019analyse du discours est pertinente. L\u2019approche dite auto-ethnographique repose sur un principe simple\u00a0: prendre le chercheur comme objet d\u2019\u00e9tude. Se consid\u00e9rer soi-m\u00eame comme objet\u00a0\u2013 <em>a fortiori<\/em> si l\u2019on se consid\u00e8re soi-m\u00eame <em>en tant que chercheur<\/em> comme objet\u00a0\u2013 suppose une d\u00e9marche subjective et r\u00e9flexive qui repose sur le r\u00e9cit de soi. Dans cette perspective, notre objectif est de d\u00e9velopper une approche auto-ethnographique de notre identit\u00e9 de locuteur\u00a0\u2013 qui, par ailleurs, percole avec notre identit\u00e9 de chercheur (cf. <em>infra<\/em>). De cette mani\u00e8re, nous cherchons \u00e0 \u00e9paissir la description de l\u2019identit\u00e9 linguistique dite du <em>francophone de Belgique<\/em> de sorte \u00e0 l\u2019appr\u00e9hender dans sa granularit\u00e9 et \u00e0 mettre au jour les tensions internes \u00e0 cette identit\u00e9\u00a0\u2013 qui, <em>in situ<\/em>, pr\u00e9sente toujours un \u00e9cart riche par rapport aux constructions <em>in abstracto<\/em> produites par l\u2019induction sociologique ou sociolin&shy;guistique qui hypostasie parfois des id\u00e9aux-types. En outre, il s\u2019agirait par cette d\u00e9marche de pointer la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019auto-ethnographie dans toute \u00e9tude de l\u2019identit\u00e9 linguistique qui, en miroir, renvoie le chercheur \u00e0 sa propre identit\u00e9 linguistique.<\/p>\r\n<p style=\"font-weight: 400\">Notons toutefois un d\u00e9calage par rapport \u00e0 la d\u00e9marche originelle qui suppose de produire un <em>r\u00e9cit de soi<\/em>. Or, au lieu de produire un <em>r\u00e9cit de soi<\/em>, nous pouvons \u00e9tudier l\u2019ensemble de notre production discursive relative \u00e0 notre identit\u00e9 linguistique\u00a0\u2013 ant\u00e9rieure \u00e0 tout souhait de l\u2019\u00e9tudier. Nous pouvons, en quelque sorte, \u00e9tudier nos discours comme s\u2019ils \u00e9taient des discours d\u2019un autre\u00a0\u2013 articulant ainsi auto-ethnographie et analyse du discours. Si cette derni\u00e8re consiste \u00e0 envisager des \u00e9nonc\u00e9s constitutifs de discours du point de vue des conditions de production desdits \u00e9nonc\u00e9s, afin de produire une lecture \u00ab\u00a0non subjectiviste de la subjectivit\u00e9\u00a0\u00bb (Gillot 2013, par. 6), les mani\u00e8res d\u2019appr\u00e9hender et d\u2019atteindre cet objectif \u00e9pist\u00e9mique sont vari\u00e9es. Il appara\u00eet justement que l\u2019analyse du discours a pris un tournant ethnolinguistique en envisageant les discours du point de vue des groupes qu\u2019ils constituent, c\u2019est-\u00e0-dire de \u00ab\u00a0d\u00e9gager un processus \u00e9nonciatif qui d\u2019un m\u00eame mouvement organise les textes et l\u2019espace social des hommes qui \u00e0 divers niveaux vivent \u00e0 travers eux\u00a0\u00bb (Maingueneau 1992: 114). Envisager l\u2019identit\u00e9 linguistique de fa\u00e7on discursive suppose cette approche ethnologique\u00a0: l\u2019identit\u00e9 linguistique implique un rapport sp\u00e9cifique \u00e0 la communaut\u00e9 lin&shy;guistique, qui est structur\u00e9e par des pratiques discursives, au m\u00eame titre que ladite communaut\u00e9 linguistique et que l\u2019ensemble des discours qui sont aux fondations de cette identit\u00e9 et de cette communaut\u00e9. Bref, l\u2019identit\u00e9 linguistique traverse pleinement tant l\u2019ordre social que l\u2019ordre du discours. D\u00e8s lors, l\u2019ethnologie et l\u2019analyse du discours permettent, conjugu\u00e9es, de rendre compte des discours en tant qu\u2019ils constituent des pratiques sociales ; de la m\u00eame mani\u00e8re que l\u2019analyse du discours et la linguistique, conjugu\u00e9es, permettent de rendre compte des discours en tant qu\u2019ils sont mat\u00e9rialis\u00e9s linguistiquement. Par cons\u00e9quent, pour rendre compte des rapports entre nos discours et les pratiques et structures sociales dont il est question, nous devons explorer ethnologiquement lesdites pratiques en proposant une d\u00e9marche d\u2019observation qui est, pr\u00e9cis\u00e9ment, la d\u00e9marche auto-ethnographique que nous avons pr\u00e9sent\u00e9e.<\/p>\r\n<p style=\"font-weight: 400\">Aussi, il nous semble qu\u2019envisager le langage dans ce qu\u2019il permet de cons&shy;truire les identit\u00e9s, dans une dimension exp\u00e9riencielle, permet de r\u00e9concilier la lecture subjectiviste et objectiviste <em>a priori<\/em> incompatible (cf. Auchlin 2016). Par ailleurs, il nous semble que le cas sp\u00e9cifique que nous voulons \u00e9tudier \u00e0 travers <em>notre identit\u00e9 linguistique<\/em>, \u00e0 savoir l\u2019identit\u00e9 linguistique du locuteur francophone de Belgique, appelle \u00e0 un retour r\u00e9flexif d\u2019ordre auto-ethnographique : en effet, un regard sur les travaux linguistiques sur le sujet permet de mettre en lumi\u00e8re la motivation auto-ethnographique pr\u00e9scientifique des \u00e9tudes sur l\u2019identit\u00e9. \u00c0 partir d\u2019un r\u00e9cit de soi, le scientifique probl\u00e9matise une question ou trouve une motivation intrins\u00e8que \u00e0 cette probl\u00e9matisation. En outre, dans certains cas, la fronti\u00e8re entre le discours scientifique et le r\u00e9cit personnel, ou entre le discours scientifique et le discours politique ou militant est poreuse \u2013 songeons aux travaux de Klinkenberg (cf. 2015) ou Francard (cf. 1998). En substance, il nous semble que par l\u2019auto-ethnographie, il devient possible de rendre compte des \u00ab plis les plus singuliers de chaque individu \u00bb (Lahire 2019 : 11) de l\u2019identit\u00e9 linguistique et, de fait, d\u2019articuler r\u00e9flexivit\u00e9 auto-ethnographique et appr\u00e9hension de la nature situ\u00e9e des savoirs produits sur l\u2019identit\u00e9 linguistique \u2013 ces savoirs pouvant \u00eatre axiologiquement marqu\u00e9s. Ce constat sur la motivation exp\u00e9rientielle des travaux scientifiques sur l\u2019identit\u00e9 linguistique nous a amen\u00e9 \u00e0 relire, de fa\u00e7on r\u00e9trospective, certains de nos propres travaux : en interrogeant les motivations pr\u00e9scientifiques ou extrascientifiques d\u2019une \u00e9tude ant\u00e9rieure, portant sur le panoccitan (cf. Mathy 2017), nous pouvons mettre en lumi\u00e8re l\u2019implication de notre identit\u00e9 linguistique. En effet, en parlant du panoccitan, nous parlions, dans une certaine mesure, du wallon et de notre propre rapport \u00e0 ce dernier. Par ailleurs, nous avons mis en jeu une double identit\u00e9 : une identit\u00e9 de scientifique, en construisant l\u2019objet <em>discours des locuteurs du panoccitan<\/em>\u00a0; et une identit\u00e9 de locuteur, attendu qu\u2019en \u00e9tudiant le panoccitan nous avons engag\u00e9 notre identit\u00e9 linguistique qui, sp\u00e9culairement, renvoie \u00e0 notre objet d\u2019\u00e9tude. Notre identit\u00e9 linguistique n\u2019est donc pas simplement construite sur la pratique langagi\u00e8re concr\u00e8te, mais sur un univers discursif qui entoure tant la langue que nous parlons que les autres langues et les autres pratiques linguistiques, ind\u00e9pendamment de si nous les parlons effectivement ou non.<\/p>\r\n\r\n<h1 style=\"font-weight: 400\"><strong>3 <\/strong><strong>Champ agonistique de l\u2019identit\u00e9\u00a0: triple identit\u00e9, triple alt\u00e9rit\u00e9<\/strong><\/h1>\r\n<p style=\"font-weight: 400\">Cet univers discursif nous para\u00eet se construire comme un champ agonistique structur\u00e9 par des alt\u00e9rit\u00e9s constitutives de notre identit\u00e9 linguistique. Pour nous en rendre compte, revenons sur le terme de <em>francophone de Belgique <\/em>(cf. Francard 1993\u00a0; Francard 1998\u00a0; Francard, Lambert &amp; Berdal-Masuy 1993). Cette mani\u00e8re de nous qualifier en tant que locuteur est limit\u00e9e\u00a0: le fait que nous parlions <em>le fran\u00e7ais<\/em> en <em>Belgique<\/em> n\u2019\u00e9puise aucunement la richesse de notre identit\u00e9 linguistique. Ce n\u2019est, <em>in fine<\/em>, qu\u2019un aspect de l\u2019identit\u00e9 des locuteurs en fonction des diverses situations qui se superposent et s\u2019in&shy;triquent. Par ailleurs, et cons\u00e9quemment, l\u2019identit\u00e9 id\u00e9altypique dite du <em>francophone de Belgique<\/em> recouvre une pluralit\u00e9 d\u2019identit\u00e9s et homog\u00e9n\u00e9ise des objets distincts. Ainsi, l\u2019identit\u00e9 francophone de Belgique n\u2019est pas l\u2019identit\u00e9 wallonne, qu\u2019il faut distinguer d\u2019une identit\u00e9 wallonophone, qui n\u2019est pas r\u00e9ductible \u00e0 une identit\u00e9 francophone de Wallonie, qui, elle-m\u00eame, est \u00e0 distinguer de l\u2019identit\u00e9 d\u2019un francophone de Wallonie avec un ancrage identitaire dans le wallon ou de l\u2019identit\u00e9 d\u2019un francophone de Wallonie sans ancrage identitaire dans le wallon, et ainsi de suite. En d\u2019autres termes, pour rendre compte de l\u2019\u00e9paisseur de l\u2019identit\u00e9 d\u2019un locuteur donn\u00e9, il faut la consid\u00e9rer en la situant dans une histoire personnelle, g\u00e9olinguistique et familiale. Ces histoires doivent s\u2019envisager comme des entit\u00e9s discursives, des imaginaires, des r\u00e9cits et des contre-r\u00e9cits qui peuvent se d\u00e9ployer tant dans la sph\u00e8re familiale, scolaire, m\u00e9diatique et ainsi de suite. Dans cette perspective, nous proposons d\u2019envisager notre identit\u00e9 linguistique en tant qu\u2019elle s\u2019inscrit dans un univers discursif que nous qualifiions pr\u00e9c\u00e9demment d\u2019agonistique, attendu qu\u2019il est structur\u00e9 par un conflit entre notre identit\u00e9 et des alt\u00e9rit\u00e9s linguistiques <em>id\u00e9alis\u00e9es <\/em>et <em>r\u00e9ifi\u00e9es<\/em>.<\/p>\r\n<p style=\"font-weight: 400\">Ces alt\u00e9rit\u00e9s sont la langue fran\u00e7aise comme h\u00e9g\u00e9mon, la langue wallonne comme triple objet contrari\u00e9 et la langue n\u00e9erlandaise comme antagonisme linguistique. Concernant la langue fran\u00e7aise, il appara\u00eet que nous vivons cette derni\u00e8re comme un contraste entre la <em>vraie<\/em> langue fran\u00e7aise, comme h\u00e9g\u00e9mon linguistique, et la langue fran\u00e7aise parl\u00e9e en Belgique, n\u00e9cessairement marqu\u00e9e\u00a0\u2013 du moins, dans notre imaginaire discursif. Cette alt\u00e9rit\u00e9 produit par ailleurs une ins\u00e9curit\u00e9 linguistique largement document\u00e9e (cf. Francard 1993 ; Francard, Lambert &amp; Berdal-Masuy 1993). En outre, cet \u00e9cart entre la <em>langue fran\u00e7aise h\u00e9g\u00e9monique<\/em> et notre pratique r\u00e9elle produit une discrimination linguistique objectivable qui porte sur la variation phon\u00e9tique (cf. Blanchet 2018) ou sur des usages lexicaux marqu\u00e9s et consid\u00e9r\u00e9s comme des belgicismes, \u00e0 bannir. Dans la perspective auto-ethnographique que nous mobilisons, nous pouvons rapporter deux exp\u00e9riences et les mettre en regard avec la litt\u00e9rature scientifique. Notre premi\u00e8re exp\u00e9rience de collusion avec la norme est une exp\u00e9rience scolaire ou, plus pr\u00e9cis\u00e9ment, universitaire. Lorsque nous avons rejoint l\u2019universit\u00e9, quittant ce faisant la cam&shy;pagne pour la ville, nous avons pris conscience, dans un contexte de violence symbolique pr\u00e9gnant, que certains des mots n\u2019\u00e9taient pas propres \u00e0 la langue fran\u00e7aise, ni m\u00eame des belgicismes, mais des mots issus du wallon. Par ailleurs, lors de nos premiers stages professionnels afin de nous former au m\u00e9tier d\u2019enseignant, nous avons vu l\u2019usage de belgicismes sanctionn\u00e9s comme des erreurs linguistiques. Cette double exp\u00e9rience est constitutive de notre ins\u00e9curit\u00e9 linguistique et d\u2019un sentiment d\u2019alt\u00e9rit\u00e9 \u00e0 la langue fran\u00e7aise dont nous n\u2019avions jusqu\u2019alors aucun sentiment de distance. Cette exp\u00e9rience illustre, de fa\u00e7on paradigmatique, les travaux sur la discrimination linguistique (cf. Blanchet 2018) ou sur les repr\u00e9sentations des enseignants, notamment sur la perception des belgicismes, en contexte d\u2019enseignement langue premi\u00e8re et langue seconde (cf. Defays &amp; Meunier 2015).<\/p>\r\n<p style=\"font-weight: 400\">La seconde alt\u00e9rit\u00e9 que nous pouvons identifier est la langue wallonne. Notre rapport \u00e0 cette langue peut s\u2019entendre dans une triple perspective\u00a0: comme un objet communicationnel, propre \u00e0 des reconstructions sp\u00e9ci&shy;fiques\u00a0\u2013 comme le wallon refondu (cf. <em>infra<\/em>) ; comme un objet linguistico-litt\u00e9raire qui consiste en l\u2019ensemble des parlers wallons, dans toute leur vari\u00e9t\u00e9, tout en r\u00e9pondant n\u00e9anmoins \u00e0 une certaine puret\u00e9 normative ; et enfin, comme un objet empirique, le wallon tel qu\u2019il est concr\u00e8tement encore parl\u00e9 et tel qu\u2019il structure les pratiques r\u00e9elles des locuteurs dont il s\u2019agit de la langue maternelle. Ce wallon empirique, par opposition au wallon communicationnel (propre \u00e0 des pratiques modernes) et linguistico-litt\u00e9raire (propre \u00e0 une r\u00e9ification \u00e9pist\u00e9mique), qui est la langue de nos grands-pa&shy;rents, subsiste par des situations de subl\u00e9galit\u00e9s (cf. Barb\u00e9ris 1999), notamment folklorique ou toponymique. Aussi, dans une perspective \u00e9motionnelle et affectuelle, nous avons cherch\u00e9 \u00e0 <em>parler le wallon<\/em>, pr\u00e9cis\u00e9ment parce que nous l\u2019associions \u00e0 une histoire familiale et \u00e0 un territoire g\u00e9olinguistique sp\u00e9cifique. Or, lorsque nous avons commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9tudier le wallon \u00e0 l\u2019universit\u00e9, une double alt\u00e9rit\u00e9 s\u2019est manifest\u00e9e. Premi\u00e8rement, il est apparu que cet int\u00e9r\u00eat pour le wallon g\u00e9n\u00e9rait des jugements \u00e9pilinguistiques axiolo&shy;giques de la part de nos pairs, qui manifestaient \u00e0 la fois un m\u00e9pris de classe et une glottophobie normalis\u00e9e. Deuxi\u00e8mement, cette approche dialectolo&shy;gique, qui aurait d\u00fb, \u00e9pist\u00e9mologiquement, nous approcher du wallon empirique puisqu\u2019il s\u2019agissait, notamment, d\u2019\u00e9tudier les pratiques des locuteurs encore actifs, charriait, en-de\u00e7\u00e0 du discours m\u00e9talinguistique, une norme linguistique et, avec elle, la norme sociale \u2013 qui para\u00eet consubstantielle au contexte curriculaire et scolaire dans lequel nous apprenions alors le wallon. Nous \u00e9tions, en fait, confront\u00e9 \u00e0 la r\u00e9ification linguistico-litt\u00e9raire. A titre d\u2019exemple, nous avons en effet \u00e9tudi\u00e9, dans le cadre scolaire, un po\u00e8te wallon local dont la langue fut jug\u00e9e trop peu pure pour \u00eatre d\u2019int\u00e9r\u00eat : le wallon en question contenait des lex\u00e8mes fran\u00e7ais, des \u00e9l\u00e9ments de conjugaison fran\u00e7ais, en sus orthographiquement fautifs et, de surcroit, n\u2019\u00e9tait pas trans&shy;crit en Feller[footnote]Syst\u00e8me de transcriptions pour les dialectes wallons, invent\u00e9s par Jules Feller, linguiste belge, dans les ann\u00e9es 1900. Le wallon refondu repose, par ailleurs, sur un syst\u00e8me autre qui ne cherche pas \u00e0 retranscrire phon\u00e9tiquement les dialectes wallons, mais \u00e0 proposer une \u00e9criture unique pour tous les wallons.[\/footnote] \u2013 graphie inexistante \u00e0 l\u2019\u00e9poque du locuteur. Cette violence symbolique a marqu\u00e9 notre abandon d\u2019une formation universitaire sur le wallon. Enfin, concernant le wallon communicationnel, \u00e0 savoir la recons&shy;truction d\u2019un wallon unifi\u00e9, appel\u00e9 wallon refondu, souvent dans une pers&shy;pective identitaire, nous n\u2019avons aucun rapport affectuel avec ce dernier et n\u2019avons jamais eu aucun d\u00e9sir d\u2019un usage communicationnel du wallon qui nous para\u00eet, \u00e0 bien des \u00e9gards, de l\u2019ordre du simulacre.<\/p>\r\n<p style=\"font-weight: 400\">La troisi\u00e8me alt\u00e9rit\u00e9 que nous pouvons observer est relative \u00e0 la langue n\u00e9erlandaise. Recontextualisons la situation g\u00e9olinguistique de la Belgique, souvent qualifi\u00e9e de laboratoire linguistique, voire de radeau de la m\u00e9duse (cf. Francard 1995). La Belgique compte trois langues officielles et trois r\u00e9gions sans exacte superposition\u00a0: la Wallonie (qui parle, principalement, le fran\u00e7ais et l\u2019allemand) ; Bruxelles (le fran\u00e7ais et le n\u00e9erlandais) ; et la Flandre (n\u00e9erlandais)\u00a0\u2013 hors cas sp\u00e9cifiques (\u00e0 savoir les communes \u00e0 facilit\u00e9s). Nous constatons que nous n\u2019avons pas un sentiment d\u2019alt\u00e9rit\u00e9 sp\u00e9cifique relativement \u00e0 la langue allemande, contrairement au n\u00e9erlandais. Cette diff\u00e9rence est significative en soi. En effet, ce sentiment d\u2019alt\u00e9rit\u00e9, au c\u0153ur de notre identit\u00e9 linguistique, s\u2019est construit sur la base d\u2019une alt\u00e9rit\u00e9 politique qui cristallise des conflits de r\u00e9cits h\u00e9g\u00e9moniques et de contre-r\u00e9cits propres aux conflits linguistiques en Belgique. L\u2019imaginaire d\u2019une langue wallonne mise en p\u00e9ril \u00e0 cause de la langue fran\u00e7aise, cependant que le n\u00e9erlandais (dans toute sa variation diatopique) a, non seulement, surv\u00e9cu, mais en s\u2019opposant, en sus, au fran\u00e7ais, a particip\u00e9 \u00e0 cette construction oppositive. L\u2019antagonisme politico-linguistique entre francophone et n\u00e9erlandophone est devenu une alt\u00e9rit\u00e9 linguistique int\u00e9rioris\u00e9e par le locuteur que nous sommes. Autrement dit, la langue n\u00e9erlandaise, que nous ne parlons pas, est pourtant constitutive de notre identit\u00e9, en tant qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une cons&shy;truction discursive qui implique de se positionner par rapport \u00e0 des \u2018autres\u2019.<\/p>\r\n\r\n<h1 style=\"font-weight: 400\"><strong>4 <\/strong><strong>Conclusion\u00a0: L\u2019identit\u00e9, entre performation rh\u00e9torique et mobilisation agentive<\/strong><\/h1>\r\n<p style=\"font-weight: 400\">Ce bref parcours exploratoire nous permet de conclure sur une derni\u00e8re piste de lecture. Dans la perspective que nous d\u00e9veloppons, l\u2019identit\u00e9 et notre rapport \u00e0 la langue sont certes exp\u00e9rientiels, mais aussi et surtout discursifs. Dans une perspective exp\u00e9rientielle, nous pourrions nous interroger sur le v\u00e9cu linguistique\u00a0: ne s\u2019agit-il que de contraintes\u00a0? Ces alt\u00e9rit\u00e9s et l\u2019identit\u00e9 qui en retourne ne produisent-elles que des ins\u00e9curit\u00e9s linguis&shy;tiques, des conflits affectuels et des rapports antagonistes\u00a0? Ou, au contraire, d\u00e8s lors que nous nous situons dans un horizon discursif, il devient possible de <em>jouer<\/em> avec cette identit\u00e9 et les discours qui s\u2019y rapportent\u00a0? Dans quelle mesure l\u2019identit\u00e9 linguistique ne peut-elle pas s\u2019envisager comme une performation rh\u00e9torique qui permet une mobilisation agentive des diff\u00e9rentes alt\u00e9rit\u00e9s dont nous discutons\u00a0? L\u2019alt\u00e9rit\u00e9 par rapport au fran\u00e7ais h\u00e9g\u00e9mo&shy;nique peut \u00eatre mobilis\u00e9e \u00e0 des fins rh\u00e9toriques\u00a0: jouer sur l\u2019accent ou sur les belgicismes afin de produire un \u00e9thos montr\u00e9 sp\u00e9cifique ou, de fa\u00e7on compl\u00e9mentaire, dire de soi que l\u2019on est dans cette position domin\u00e9e afin de produire des effets rh\u00e9toriques d\u2019ordre \u00e9thotique ou pathique, sont des possibilit\u00e9s offertes dans une perspective performatrice.<\/p>\r\n<p style=\"font-weight: 400\">Autrement dit, si la langue fran\u00e7aise n\u2019est jamais parl\u00e9e de fa\u00e7on <em>neutre, <\/em>en tant que locuteur nous pouvons mobiliser notre maitrise de la variation pour produire des effets rh\u00e9toriques. De fa\u00e7on similaire, la langue wallonne ne sera jamais appropri\u00e9e, mais en tant que locuteur nous pouvons m\u00e9dier un nouveau rapport par la production scientifique ou par le travail litt\u00e9raire\u00a0\u2013 dont ce travail est d\u00e9j\u00e0 une illustration. La langue n\u00e9erlandaise ne sera jamais per\u00e7ue sans jugement politico-\u00e9pilinguistique, mais en tant que locuteur nous pouvons mobiliser les affects comme motivation intrins\u00e8que pour son apprentissage. Plus qu\u2019une consubstantialit\u00e9 psychocognitive de la langue, l\u2019identit\u00e9 devient un r\u00f4le\u00a0\u2013 constitu\u00e9 par les discours\u00a0\u2013 dont le locuteur peut pr\u00e9cis\u00e9ment s\u2019emparer dans une perspective agentive afin de produire des effets dans une situation de communication sp\u00e9cifique. Ces effets peuvent s\u2019entendre d\u2019une fa\u00e7on rh\u00e9torique\u00a0: les \u00e9l\u00e9ments constitutifs de l\u2019identit\u00e9 linguistique, qui permettent d\u2019assigner le locuteur \u00e0 telle ou telle identit\u00e9, sur la base d\u2019un construit sociodiscursif, deviennent des leviers rh\u00e9toriques sur lesquels peut agir le locuteur pr\u00e9cis\u00e9ment pour faire reconna\u00eetre une identit\u00e9 donn\u00e9e dans un contexte donn\u00e9, \u00e0 des fins d\u2019effectivit\u00e9 communicationnelle et d\u2019appr\u00e9hension exp\u00e9rientielle\u00a0\u2013 dont l\u2019auto-ethnographie a pu nous donner un aper\u00e7u.<\/p>\r\n\r\n<h1 style=\"font-weight: 400\"><strong>R\u00e9f\u00e9rences bibliographiques<\/strong><\/h1>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"font-weight: 400\">Auchlin, Antoine (2016). \u00ab <em>L\u2019exp\u00e9rience du discours\u00a0: Comment et pourquoi y accrocher son attention\u00a0?<\/em> \u00bb, in : Messmer, Heinz\u00a0&amp; Kim Stroumza (\u00e9ds.), <em>Langage et savoir-faire : Des pratiques professionnelles du travail social et de la sant\u00e9 pass\u00e9es \u00e0 la loupe<\/em>. Gen\u00e8ve, \u00c9ditions ies, 113\u2011145.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"font-weight: 400\">Barb\u00e9ris, Jeanne-Marie (1999). \u00ab\u00a0Analyser les discours\u00a0: Le cas de l'interview sociolinguistique \u00bb, in: Calvet, Louis-Jean &amp; Pierre Dumont (\u00e9ds.), <em>L\u2019enqu\u00eate sociolinguistique<\/em>, Paris, L\u2019Harmattan, 125-148.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"font-weight: 400\">Blanchet, Philippe (2018). \u00ab Entre droits linguistiques et glottophobie, analyse d\u2019une discrimination institu\u00e9e dans la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise \u00bb, <em>Cahiers de la LCD<\/em>, <em>7 <\/em>(2), 27\u201144.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"font-weight: 400\">Defays, Jean-Marc &amp; D\u00e9borah Meunier (2015). \u00ab\u00a0Cachez cette erreur que je ne saurais voir\u00a0!\u00a0\u00bb, <em>Pratiques. Linguistique, litt\u00e9rature, didactique<\/em> <span class=\"no-hyphens\">[en ligne]<\/span>,\u00a0167\u2011168.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"font-weight: 400\">Francard, Michel (1993). \u00ab Trop proches pour ne pas \u00eatre diff\u00e9rents. Profils de l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 linguistique dans la Communaut\u00e9 fran\u00e7aise de Belgique \u00bb, in Francard, Michel (\u00e9d.), <em>L\u2019ins\u00e9curit\u00e9 linguistique dans les communaut\u00e9s francophones p\u00e9riph\u00e9riques<\/em>, Leuven, Peeters, 61\u201170.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"font-weight: 400\">Francard, Michel (1995). \u00ab\u00a0Nef des Fous ou radeau de la M\u00e9duse\u00a0? Les conflits linguistiques en Belgique\u00a0\u00bb, <em>LINX<\/em>\u00a033 (2), 31\u201146.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"font-weight: 400\">Francard, Michel (1998). \u00ab\u00a0La l\u00e9gitimit\u00e9 linguistique passe-t-elle par la reconnaissance d\u2019une vari\u00e9t\u00e9 \"nationale\"\u00a0? Le cas de la communaut\u00e9 fran\u00e7aise de Wallonie-Bruxelles\u00a0\u00bb, <em>Revue qu\u00e9b\u00e9coise de linguistique<\/em>\u00a026(2), 13\u201123.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"font-weight: 400\">Francard, Michel, Jo\u00eblle Lambert &amp; Fran\u00e7oise Berdal-Masuy (1993). <em>L\u2019ins\u00e9curit\u00e9 linguistique en Communaut\u00e9 fran\u00e7aise de Belgique<\/em>, Bruxelles, Service de la langue fran\u00e7aise - Communaut\u00e9 fran\u00e7aise Wallonie-Bruxelles.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"font-weight: 400\">Gillot, Pascale (2013). \u00ab\u00a0Pour une th\u00e9orie non subjectiviste de la subjectivit\u00e9\u00a0: Jacques Lacan relu par Michel P\u00eacheux\u00a0\u00bb, <em>Savoirs et clinique<\/em> 16 (1), 36\u201146.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"font-weight: 400\">Klinkenberg, Jean-Marie (2015). <em>La langue dans la cit\u00e9\u00a0: Vivre et penser l\u2019\u00e9quit\u00e9 culturelle<\/em>, avec pr\u00e9face par Bernard Cerquiligni, Bruxelles, Les Impressions Nouvelles.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"font-weight: 400\">Lahire, Bernard (2019). <em>Dans les plis singuliers du social\u00a0: Individus, institu&shy;tions, socialisations<\/em>, Paris, La D\u00e9couverte.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"font-weight: 400\">Maingueneau, Dominique (1992). \u00ab\u00a0Le tour ethnolinguistique de l\u2019analyse du discours\u00a0\u00bb, <em>Langages <\/em>105,\u00a0114\u2011125.<\/p>\r\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"font-weight: 400\">Mathy, Adrien (2017). <em>La reconstruction identitaire de l\u2019occitan sur le web\u00a0: Un cas de planification (\u00e9pi-)linguistique\u00a0? Analyse du discours des locuteurs<\/em>. Pr\u00e9sentation : Journ\u00e9e d'\u00e9tudes sur le Traitement des Sources Gallo&shy;romanes (TraSoGal), \u00e9dition 2017, Li\u00e8ge, Belgique, in: &lt;<a href=\"https:\/\/hdl.handle.&shy;net\/2268\/212331\">https:\/\/hdl.handle.net\/2268\/212331<\/a>&gt; [17.03.2025].<\/p>\r\n\r\n<div>\r\n\r\n&nbsp;\r\n\r\n<\/div>\r\n<div style=\"font-weight: 400\">\r\n<div>\r\n<p class=\"hanging-indent\"><\/p>\r\n\r\n<\/div>\r\n<\/div>","rendered":"<h6 style=\"font-weight: 400\">Universit\u00e9 de Li\u00e8ge<\/h6>\n<p style=\"font-weight: 400\"><strong>Abstract:<\/strong> This analysis is an exploratory work combining autoethnography and discourse analysis and focuses on our linguistic identity as it is built on three alterities. It is built on (1) the practice of a Belgian French that does not exist as such and is marked by linguistic insecurity; (2) Walloon-like practices themselves in tension and (3) a French-Dutch speaking linguistic conflict. From then on, it appears that this identity was built on three alterities which in turn define it: (1) otherness in relation to the well-spoken French language considered as a hegemon which dominates a necessarily marked peripheral speech; (2) otherness in relation to the Walloon language historically spoken in the territory and spoken by the ancestors; (3) otherness finally in relation to the Dutch language spoken by \u2018the Other\u2019, constructed and antagonized by and through politically situated narratives and counter-narratives. In the conclusion, we will consider how these identities in tension can be mobilized in an agentive way in order to produce rhetorical effects.<br \/>\n<span style=\"color: #ffffff\">c<\/span><br \/>\n<strong>Keywords: <\/strong>gentivit\u00e9 rh\u00e9torique; francophone de Belgique; ethnographie linguistique<\/p>\n<h1 style=\"font-weight: 400\"><strong>1 <\/strong><strong>Introduction<\/strong><\/h1>\n<p style=\"font-weight: 400\">Ce travail repose sur une hypoth\u00e8se exploratoire\u00a0: nous consid\u00e9rons que l\u2019identit\u00e9, ainsi que le substrat exp\u00e9rientiel de cette derni\u00e8re, se manifestent discursivement et sont, en derni\u00e8re analyse, discursivement constitu\u00e9s. Cette hypoth\u00e8se repose sur un double postulat\u00a0: premi\u00e8rement, sans cons&shy;truction sociodiscursive l\u2019exp\u00e9rience n\u2019est constitutive de rien\u00a0; deuxi\u00e8mement, la pratique de la langue impose \u00e0 son locuteur une inscription dans un univers discursif, un imaginaire. Ainsi, il nous semble que <em>notre<\/em> identit\u00e9 linguistique s\u2019est constitu\u00e9e sp\u00e9cifiquement au sein d\u2019un champ agonistique qui antagonise une identit\u00e9 sp\u00e9cifique par rapport \u00e0 des alt\u00e9rit\u00e9s. Ce champ est la construction sociodiscursive consubstantielle \u00e0 notre exp\u00e9rience de locuteur. Par ailleurs, notre identit\u00e9 se constitue non seulement par rapport aux langues pratiqu\u00e9es, mais aussi par rapport \u00e0 des langues qui ne sont pas parl\u00e9es. Autrement dit, ce n\u2019est pas tant la pratique linguistique que l\u2019imaginaire linguistique qui est constitutif de notre identit\u00e9\u00a0\u2013 cet imaginaire \u00e9tant une construction discursive explorable comme tel.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400\">Aussi, nous souhaitons \u00e9tudier en quoi telle identit\u00e9 linguistique est, en derni\u00e8re analyse, une construction discursive\u00a0\u2013 ce qui n\u2019enl\u00e8ve rien \u00e0 la pr\u00e9gnance exp\u00e9riencielle propre au v\u00e9cu. Cette proposition de lecture n\u2019a pas pour but d\u2019aboutir \u00e0 des g\u00e9n\u00e9ralisations ou de produire un cadre d\u2019analyse de l\u2019identit\u00e9. Elle cherche simplement un retour <em>th\u00e9oris\u00e9<\/em> d\u2019une observation <em>empirique<\/em> qui s\u2019inscrit dans une double perspective\u00a0: discursive et auto-ethnographique. Dans un premier temps, nous envisagerons donc les modalit\u00e9s d\u2019articulation entre auto-ethnographie et analyse du discours. Dans un second temps, nous \u00e9tudierons la mani\u00e8re dont fonctionne discursivement cette identit\u00e9, en envisageant le champ agonistique que nous \u00e9voquions. Enfin, nous conclurons en consid\u00e9rant les possibilit\u00e9s de mobilisation agentive de cette identit\u00e9 et de performation rh\u00e9torique cons\u00e9quentes.<\/p>\n<h1 style=\"font-weight: 400\"><strong>2 Entre (auto-)ethnographie et analyse du discours <\/strong><\/h1>\n<p style=\"font-weight: 400\">Nous souhaitons envisager notre identit\u00e9 linguistique en consid\u00e9rant que notre terrain est le discours, d\u2019une part, et, d\u2019autre part, que notre exp\u00e9&shy;rience linguistique est structur\u00e9e en amont par des discours. Il convient n\u00e9anmoins d\u2019envisager dans quelle mesure l\u2019articulation de l\u2019ethnographie et de l\u2019analyse du discours est pertinente. L\u2019approche dite auto-ethnographique repose sur un principe simple\u00a0: prendre le chercheur comme objet d\u2019\u00e9tude. Se consid\u00e9rer soi-m\u00eame comme objet\u00a0\u2013 <em>a fortiori<\/em> si l\u2019on se consid\u00e8re soi-m\u00eame <em>en tant que chercheur<\/em> comme objet\u00a0\u2013 suppose une d\u00e9marche subjective et r\u00e9flexive qui repose sur le r\u00e9cit de soi. Dans cette perspective, notre objectif est de d\u00e9velopper une approche auto-ethnographique de notre identit\u00e9 de locuteur\u00a0\u2013 qui, par ailleurs, percole avec notre identit\u00e9 de chercheur (cf. <em>infra<\/em>). De cette mani\u00e8re, nous cherchons \u00e0 \u00e9paissir la description de l\u2019identit\u00e9 linguistique dite du <em>francophone de Belgique<\/em> de sorte \u00e0 l\u2019appr\u00e9hender dans sa granularit\u00e9 et \u00e0 mettre au jour les tensions internes \u00e0 cette identit\u00e9\u00a0\u2013 qui, <em>in situ<\/em>, pr\u00e9sente toujours un \u00e9cart riche par rapport aux constructions <em>in abstracto<\/em> produites par l\u2019induction sociologique ou sociolin&shy;guistique qui hypostasie parfois des id\u00e9aux-types. En outre, il s\u2019agirait par cette d\u00e9marche de pointer la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019auto-ethnographie dans toute \u00e9tude de l\u2019identit\u00e9 linguistique qui, en miroir, renvoie le chercheur \u00e0 sa propre identit\u00e9 linguistique.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400\">Notons toutefois un d\u00e9calage par rapport \u00e0 la d\u00e9marche originelle qui suppose de produire un <em>r\u00e9cit de soi<\/em>. Or, au lieu de produire un <em>r\u00e9cit de soi<\/em>, nous pouvons \u00e9tudier l\u2019ensemble de notre production discursive relative \u00e0 notre identit\u00e9 linguistique\u00a0\u2013 ant\u00e9rieure \u00e0 tout souhait de l\u2019\u00e9tudier. Nous pouvons, en quelque sorte, \u00e9tudier nos discours comme s\u2019ils \u00e9taient des discours d\u2019un autre\u00a0\u2013 articulant ainsi auto-ethnographie et analyse du discours. Si cette derni\u00e8re consiste \u00e0 envisager des \u00e9nonc\u00e9s constitutifs de discours du point de vue des conditions de production desdits \u00e9nonc\u00e9s, afin de produire une lecture \u00ab\u00a0non subjectiviste de la subjectivit\u00e9\u00a0\u00bb (Gillot 2013, par. 6), les mani\u00e8res d\u2019appr\u00e9hender et d\u2019atteindre cet objectif \u00e9pist\u00e9mique sont vari\u00e9es. Il appara\u00eet justement que l\u2019analyse du discours a pris un tournant ethnolinguistique en envisageant les discours du point de vue des groupes qu\u2019ils constituent, c\u2019est-\u00e0-dire de \u00ab\u00a0d\u00e9gager un processus \u00e9nonciatif qui d\u2019un m\u00eame mouvement organise les textes et l\u2019espace social des hommes qui \u00e0 divers niveaux vivent \u00e0 travers eux\u00a0\u00bb (Maingueneau 1992: 114). Envisager l\u2019identit\u00e9 linguistique de fa\u00e7on discursive suppose cette approche ethnologique\u00a0: l\u2019identit\u00e9 linguistique implique un rapport sp\u00e9cifique \u00e0 la communaut\u00e9 lin&shy;guistique, qui est structur\u00e9e par des pratiques discursives, au m\u00eame titre que ladite communaut\u00e9 linguistique et que l\u2019ensemble des discours qui sont aux fondations de cette identit\u00e9 et de cette communaut\u00e9. Bref, l\u2019identit\u00e9 linguistique traverse pleinement tant l\u2019ordre social que l\u2019ordre du discours. D\u00e8s lors, l\u2019ethnologie et l\u2019analyse du discours permettent, conjugu\u00e9es, de rendre compte des discours en tant qu\u2019ils constituent des pratiques sociales ; de la m\u00eame mani\u00e8re que l\u2019analyse du discours et la linguistique, conjugu\u00e9es, permettent de rendre compte des discours en tant qu\u2019ils sont mat\u00e9rialis\u00e9s linguistiquement. Par cons\u00e9quent, pour rendre compte des rapports entre nos discours et les pratiques et structures sociales dont il est question, nous devons explorer ethnologiquement lesdites pratiques en proposant une d\u00e9marche d\u2019observation qui est, pr\u00e9cis\u00e9ment, la d\u00e9marche auto-ethnographique que nous avons pr\u00e9sent\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400\">Aussi, il nous semble qu\u2019envisager le langage dans ce qu\u2019il permet de cons&shy;truire les identit\u00e9s, dans une dimension exp\u00e9riencielle, permet de r\u00e9concilier la lecture subjectiviste et objectiviste <em>a priori<\/em> incompatible (cf. Auchlin 2016). Par ailleurs, il nous semble que le cas sp\u00e9cifique que nous voulons \u00e9tudier \u00e0 travers <em>notre identit\u00e9 linguistique<\/em>, \u00e0 savoir l\u2019identit\u00e9 linguistique du locuteur francophone de Belgique, appelle \u00e0 un retour r\u00e9flexif d\u2019ordre auto-ethnographique : en effet, un regard sur les travaux linguistiques sur le sujet permet de mettre en lumi\u00e8re la motivation auto-ethnographique pr\u00e9scientifique des \u00e9tudes sur l\u2019identit\u00e9. \u00c0 partir d\u2019un r\u00e9cit de soi, le scientifique probl\u00e9matise une question ou trouve une motivation intrins\u00e8que \u00e0 cette probl\u00e9matisation. En outre, dans certains cas, la fronti\u00e8re entre le discours scientifique et le r\u00e9cit personnel, ou entre le discours scientifique et le discours politique ou militant est poreuse \u2013 songeons aux travaux de Klinkenberg (cf. 2015) ou Francard (cf. 1998). En substance, il nous semble que par l\u2019auto-ethnographie, il devient possible de rendre compte des \u00ab plis les plus singuliers de chaque individu \u00bb (Lahire 2019 : 11) de l\u2019identit\u00e9 linguistique et, de fait, d\u2019articuler r\u00e9flexivit\u00e9 auto-ethnographique et appr\u00e9hension de la nature situ\u00e9e des savoirs produits sur l\u2019identit\u00e9 linguistique \u2013 ces savoirs pouvant \u00eatre axiologiquement marqu\u00e9s. Ce constat sur la motivation exp\u00e9rientielle des travaux scientifiques sur l\u2019identit\u00e9 linguistique nous a amen\u00e9 \u00e0 relire, de fa\u00e7on r\u00e9trospective, certains de nos propres travaux : en interrogeant les motivations pr\u00e9scientifiques ou extrascientifiques d\u2019une \u00e9tude ant\u00e9rieure, portant sur le panoccitan (cf. Mathy 2017), nous pouvons mettre en lumi\u00e8re l\u2019implication de notre identit\u00e9 linguistique. En effet, en parlant du panoccitan, nous parlions, dans une certaine mesure, du wallon et de notre propre rapport \u00e0 ce dernier. Par ailleurs, nous avons mis en jeu une double identit\u00e9 : une identit\u00e9 de scientifique, en construisant l\u2019objet <em>discours des locuteurs du panoccitan<\/em>\u00a0; et une identit\u00e9 de locuteur, attendu qu\u2019en \u00e9tudiant le panoccitan nous avons engag\u00e9 notre identit\u00e9 linguistique qui, sp\u00e9culairement, renvoie \u00e0 notre objet d\u2019\u00e9tude. Notre identit\u00e9 linguistique n\u2019est donc pas simplement construite sur la pratique langagi\u00e8re concr\u00e8te, mais sur un univers discursif qui entoure tant la langue que nous parlons que les autres langues et les autres pratiques linguistiques, ind\u00e9pendamment de si nous les parlons effectivement ou non.<\/p>\n<h1 style=\"font-weight: 400\"><strong>3 <\/strong><strong>Champ agonistique de l\u2019identit\u00e9\u00a0: triple identit\u00e9, triple alt\u00e9rit\u00e9<\/strong><\/h1>\n<p style=\"font-weight: 400\">Cet univers discursif nous para\u00eet se construire comme un champ agonistique structur\u00e9 par des alt\u00e9rit\u00e9s constitutives de notre identit\u00e9 linguistique. Pour nous en rendre compte, revenons sur le terme de <em>francophone de Belgique <\/em>(cf. Francard 1993\u00a0; Francard 1998\u00a0; Francard, Lambert &amp; Berdal-Masuy 1993). Cette mani\u00e8re de nous qualifier en tant que locuteur est limit\u00e9e\u00a0: le fait que nous parlions <em>le fran\u00e7ais<\/em> en <em>Belgique<\/em> n\u2019\u00e9puise aucunement la richesse de notre identit\u00e9 linguistique. Ce n\u2019est, <em>in fine<\/em>, qu\u2019un aspect de l\u2019identit\u00e9 des locuteurs en fonction des diverses situations qui se superposent et s\u2019in&shy;triquent. Par ailleurs, et cons\u00e9quemment, l\u2019identit\u00e9 id\u00e9altypique dite du <em>francophone de Belgique<\/em> recouvre une pluralit\u00e9 d\u2019identit\u00e9s et homog\u00e9n\u00e9ise des objets distincts. Ainsi, l\u2019identit\u00e9 francophone de Belgique n\u2019est pas l\u2019identit\u00e9 wallonne, qu\u2019il faut distinguer d\u2019une identit\u00e9 wallonophone, qui n\u2019est pas r\u00e9ductible \u00e0 une identit\u00e9 francophone de Wallonie, qui, elle-m\u00eame, est \u00e0 distinguer de l\u2019identit\u00e9 d\u2019un francophone de Wallonie avec un ancrage identitaire dans le wallon ou de l\u2019identit\u00e9 d\u2019un francophone de Wallonie sans ancrage identitaire dans le wallon, et ainsi de suite. En d\u2019autres termes, pour rendre compte de l\u2019\u00e9paisseur de l\u2019identit\u00e9 d\u2019un locuteur donn\u00e9, il faut la consid\u00e9rer en la situant dans une histoire personnelle, g\u00e9olinguistique et familiale. Ces histoires doivent s\u2019envisager comme des entit\u00e9s discursives, des imaginaires, des r\u00e9cits et des contre-r\u00e9cits qui peuvent se d\u00e9ployer tant dans la sph\u00e8re familiale, scolaire, m\u00e9diatique et ainsi de suite. Dans cette perspective, nous proposons d\u2019envisager notre identit\u00e9 linguistique en tant qu\u2019elle s\u2019inscrit dans un univers discursif que nous qualifiions pr\u00e9c\u00e9demment d\u2019agonistique, attendu qu\u2019il est structur\u00e9 par un conflit entre notre identit\u00e9 et des alt\u00e9rit\u00e9s linguistiques <em>id\u00e9alis\u00e9es <\/em>et <em>r\u00e9ifi\u00e9es<\/em>.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400\">Ces alt\u00e9rit\u00e9s sont la langue fran\u00e7aise comme h\u00e9g\u00e9mon, la langue wallonne comme triple objet contrari\u00e9 et la langue n\u00e9erlandaise comme antagonisme linguistique. Concernant la langue fran\u00e7aise, il appara\u00eet que nous vivons cette derni\u00e8re comme un contraste entre la <em>vraie<\/em> langue fran\u00e7aise, comme h\u00e9g\u00e9mon linguistique, et la langue fran\u00e7aise parl\u00e9e en Belgique, n\u00e9cessairement marqu\u00e9e\u00a0\u2013 du moins, dans notre imaginaire discursif. Cette alt\u00e9rit\u00e9 produit par ailleurs une ins\u00e9curit\u00e9 linguistique largement document\u00e9e (cf. Francard 1993 ; Francard, Lambert &amp; Berdal-Masuy 1993). En outre, cet \u00e9cart entre la <em>langue fran\u00e7aise h\u00e9g\u00e9monique<\/em> et notre pratique r\u00e9elle produit une discrimination linguistique objectivable qui porte sur la variation phon\u00e9tique (cf. Blanchet 2018) ou sur des usages lexicaux marqu\u00e9s et consid\u00e9r\u00e9s comme des belgicismes, \u00e0 bannir. Dans la perspective auto-ethnographique que nous mobilisons, nous pouvons rapporter deux exp\u00e9riences et les mettre en regard avec la litt\u00e9rature scientifique. Notre premi\u00e8re exp\u00e9rience de collusion avec la norme est une exp\u00e9rience scolaire ou, plus pr\u00e9cis\u00e9ment, universitaire. Lorsque nous avons rejoint l\u2019universit\u00e9, quittant ce faisant la cam&shy;pagne pour la ville, nous avons pris conscience, dans un contexte de violence symbolique pr\u00e9gnant, que certains des mots n\u2019\u00e9taient pas propres \u00e0 la langue fran\u00e7aise, ni m\u00eame des belgicismes, mais des mots issus du wallon. Par ailleurs, lors de nos premiers stages professionnels afin de nous former au m\u00e9tier d\u2019enseignant, nous avons vu l\u2019usage de belgicismes sanctionn\u00e9s comme des erreurs linguistiques. Cette double exp\u00e9rience est constitutive de notre ins\u00e9curit\u00e9 linguistique et d\u2019un sentiment d\u2019alt\u00e9rit\u00e9 \u00e0 la langue fran\u00e7aise dont nous n\u2019avions jusqu\u2019alors aucun sentiment de distance. Cette exp\u00e9rience illustre, de fa\u00e7on paradigmatique, les travaux sur la discrimination linguistique (cf. Blanchet 2018) ou sur les repr\u00e9sentations des enseignants, notamment sur la perception des belgicismes, en contexte d\u2019enseignement langue premi\u00e8re et langue seconde (cf. Defays &amp; Meunier 2015).<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400\">La seconde alt\u00e9rit\u00e9 que nous pouvons identifier est la langue wallonne. Notre rapport \u00e0 cette langue peut s\u2019entendre dans une triple perspective\u00a0: comme un objet communicationnel, propre \u00e0 des reconstructions sp\u00e9ci&shy;fiques\u00a0\u2013 comme le wallon refondu (cf. <em>infra<\/em>) ; comme un objet linguistico-litt\u00e9raire qui consiste en l\u2019ensemble des parlers wallons, dans toute leur vari\u00e9t\u00e9, tout en r\u00e9pondant n\u00e9anmoins \u00e0 une certaine puret\u00e9 normative ; et enfin, comme un objet empirique, le wallon tel qu\u2019il est concr\u00e8tement encore parl\u00e9 et tel qu\u2019il structure les pratiques r\u00e9elles des locuteurs dont il s\u2019agit de la langue maternelle. Ce wallon empirique, par opposition au wallon communicationnel (propre \u00e0 des pratiques modernes) et linguistico-litt\u00e9raire (propre \u00e0 une r\u00e9ification \u00e9pist\u00e9mique), qui est la langue de nos grands-pa&shy;rents, subsiste par des situations de subl\u00e9galit\u00e9s (cf. Barb\u00e9ris 1999), notamment folklorique ou toponymique. Aussi, dans une perspective \u00e9motionnelle et affectuelle, nous avons cherch\u00e9 \u00e0 <em>parler le wallon<\/em>, pr\u00e9cis\u00e9ment parce que nous l\u2019associions \u00e0 une histoire familiale et \u00e0 un territoire g\u00e9olinguistique sp\u00e9cifique. Or, lorsque nous avons commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9tudier le wallon \u00e0 l\u2019universit\u00e9, une double alt\u00e9rit\u00e9 s\u2019est manifest\u00e9e. Premi\u00e8rement, il est apparu que cet int\u00e9r\u00eat pour le wallon g\u00e9n\u00e9rait des jugements \u00e9pilinguistiques axiolo&shy;giques de la part de nos pairs, qui manifestaient \u00e0 la fois un m\u00e9pris de classe et une glottophobie normalis\u00e9e. Deuxi\u00e8mement, cette approche dialectolo&shy;gique, qui aurait d\u00fb, \u00e9pist\u00e9mologiquement, nous approcher du wallon empirique puisqu\u2019il s\u2019agissait, notamment, d\u2019\u00e9tudier les pratiques des locuteurs encore actifs, charriait, en-de\u00e7\u00e0 du discours m\u00e9talinguistique, une norme linguistique et, avec elle, la norme sociale \u2013 qui para\u00eet consubstantielle au contexte curriculaire et scolaire dans lequel nous apprenions alors le wallon. Nous \u00e9tions, en fait, confront\u00e9 \u00e0 la r\u00e9ification linguistico-litt\u00e9raire. A titre d\u2019exemple, nous avons en effet \u00e9tudi\u00e9, dans le cadre scolaire, un po\u00e8te wallon local dont la langue fut jug\u00e9e trop peu pure pour \u00eatre d\u2019int\u00e9r\u00eat : le wallon en question contenait des lex\u00e8mes fran\u00e7ais, des \u00e9l\u00e9ments de conjugaison fran\u00e7ais, en sus orthographiquement fautifs et, de surcroit, n\u2019\u00e9tait pas trans&shy;crit en Feller<a class=\"footnote\" title=\"Syst\u00e8me de transcriptions pour les dialectes wallons, invent\u00e9s par Jules Feller, linguiste belge, dans les ann\u00e9es 1900. Le wallon refondu repose, par ailleurs, sur un syst\u00e8me autre qui ne cherche pas \u00e0 retranscrire phon\u00e9tiquement les dialectes wallons, mais \u00e0 proposer une \u00e9criture unique pour tous les wallons.\" id=\"return-footnote-63-1\" href=\"#footnote-63-1\" aria-label=\"Footnote 1\"><sup class=\"footnote\">[1]<\/sup><\/a> \u2013 graphie inexistante \u00e0 l\u2019\u00e9poque du locuteur. Cette violence symbolique a marqu\u00e9 notre abandon d\u2019une formation universitaire sur le wallon. Enfin, concernant le wallon communicationnel, \u00e0 savoir la recons&shy;truction d\u2019un wallon unifi\u00e9, appel\u00e9 wallon refondu, souvent dans une pers&shy;pective identitaire, nous n\u2019avons aucun rapport affectuel avec ce dernier et n\u2019avons jamais eu aucun d\u00e9sir d\u2019un usage communicationnel du wallon qui nous para\u00eet, \u00e0 bien des \u00e9gards, de l\u2019ordre du simulacre.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400\">La troisi\u00e8me alt\u00e9rit\u00e9 que nous pouvons observer est relative \u00e0 la langue n\u00e9erlandaise. Recontextualisons la situation g\u00e9olinguistique de la Belgique, souvent qualifi\u00e9e de laboratoire linguistique, voire de radeau de la m\u00e9duse (cf. Francard 1995). La Belgique compte trois langues officielles et trois r\u00e9gions sans exacte superposition\u00a0: la Wallonie (qui parle, principalement, le fran\u00e7ais et l\u2019allemand) ; Bruxelles (le fran\u00e7ais et le n\u00e9erlandais) ; et la Flandre (n\u00e9erlandais)\u00a0\u2013 hors cas sp\u00e9cifiques (\u00e0 savoir les communes \u00e0 facilit\u00e9s). Nous constatons que nous n\u2019avons pas un sentiment d\u2019alt\u00e9rit\u00e9 sp\u00e9cifique relativement \u00e0 la langue allemande, contrairement au n\u00e9erlandais. Cette diff\u00e9rence est significative en soi. En effet, ce sentiment d\u2019alt\u00e9rit\u00e9, au c\u0153ur de notre identit\u00e9 linguistique, s\u2019est construit sur la base d\u2019une alt\u00e9rit\u00e9 politique qui cristallise des conflits de r\u00e9cits h\u00e9g\u00e9moniques et de contre-r\u00e9cits propres aux conflits linguistiques en Belgique. L\u2019imaginaire d\u2019une langue wallonne mise en p\u00e9ril \u00e0 cause de la langue fran\u00e7aise, cependant que le n\u00e9erlandais (dans toute sa variation diatopique) a, non seulement, surv\u00e9cu, mais en s\u2019opposant, en sus, au fran\u00e7ais, a particip\u00e9 \u00e0 cette construction oppositive. L\u2019antagonisme politico-linguistique entre francophone et n\u00e9erlandophone est devenu une alt\u00e9rit\u00e9 linguistique int\u00e9rioris\u00e9e par le locuteur que nous sommes. Autrement dit, la langue n\u00e9erlandaise, que nous ne parlons pas, est pourtant constitutive de notre identit\u00e9, en tant qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une cons&shy;truction discursive qui implique de se positionner par rapport \u00e0 des \u2018autres\u2019.<\/p>\n<h1 style=\"font-weight: 400\"><strong>4 <\/strong><strong>Conclusion\u00a0: L\u2019identit\u00e9, entre performation rh\u00e9torique et mobilisation agentive<\/strong><\/h1>\n<p style=\"font-weight: 400\">Ce bref parcours exploratoire nous permet de conclure sur une derni\u00e8re piste de lecture. Dans la perspective que nous d\u00e9veloppons, l\u2019identit\u00e9 et notre rapport \u00e0 la langue sont certes exp\u00e9rientiels, mais aussi et surtout discursifs. Dans une perspective exp\u00e9rientielle, nous pourrions nous interroger sur le v\u00e9cu linguistique\u00a0: ne s\u2019agit-il que de contraintes\u00a0? Ces alt\u00e9rit\u00e9s et l\u2019identit\u00e9 qui en retourne ne produisent-elles que des ins\u00e9curit\u00e9s linguis&shy;tiques, des conflits affectuels et des rapports antagonistes\u00a0? Ou, au contraire, d\u00e8s lors que nous nous situons dans un horizon discursif, il devient possible de <em>jouer<\/em> avec cette identit\u00e9 et les discours qui s\u2019y rapportent\u00a0? Dans quelle mesure l\u2019identit\u00e9 linguistique ne peut-elle pas s\u2019envisager comme une performation rh\u00e9torique qui permet une mobilisation agentive des diff\u00e9rentes alt\u00e9rit\u00e9s dont nous discutons\u00a0? L\u2019alt\u00e9rit\u00e9 par rapport au fran\u00e7ais h\u00e9g\u00e9mo&shy;nique peut \u00eatre mobilis\u00e9e \u00e0 des fins rh\u00e9toriques\u00a0: jouer sur l\u2019accent ou sur les belgicismes afin de produire un \u00e9thos montr\u00e9 sp\u00e9cifique ou, de fa\u00e7on compl\u00e9mentaire, dire de soi que l\u2019on est dans cette position domin\u00e9e afin de produire des effets rh\u00e9toriques d\u2019ordre \u00e9thotique ou pathique, sont des possibilit\u00e9s offertes dans une perspective performatrice.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400\">Autrement dit, si la langue fran\u00e7aise n\u2019est jamais parl\u00e9e de fa\u00e7on <em>neutre, <\/em>en tant que locuteur nous pouvons mobiliser notre maitrise de la variation pour produire des effets rh\u00e9toriques. De fa\u00e7on similaire, la langue wallonne ne sera jamais appropri\u00e9e, mais en tant que locuteur nous pouvons m\u00e9dier un nouveau rapport par la production scientifique ou par le travail litt\u00e9raire\u00a0\u2013 dont ce travail est d\u00e9j\u00e0 une illustration. La langue n\u00e9erlandaise ne sera jamais per\u00e7ue sans jugement politico-\u00e9pilinguistique, mais en tant que locuteur nous pouvons mobiliser les affects comme motivation intrins\u00e8que pour son apprentissage. Plus qu\u2019une consubstantialit\u00e9 psychocognitive de la langue, l\u2019identit\u00e9 devient un r\u00f4le\u00a0\u2013 constitu\u00e9 par les discours\u00a0\u2013 dont le locuteur peut pr\u00e9cis\u00e9ment s\u2019emparer dans une perspective agentive afin de produire des effets dans une situation de communication sp\u00e9cifique. Ces effets peuvent s\u2019entendre d\u2019une fa\u00e7on rh\u00e9torique\u00a0: les \u00e9l\u00e9ments constitutifs de l\u2019identit\u00e9 linguistique, qui permettent d\u2019assigner le locuteur \u00e0 telle ou telle identit\u00e9, sur la base d\u2019un construit sociodiscursif, deviennent des leviers rh\u00e9toriques sur lesquels peut agir le locuteur pr\u00e9cis\u00e9ment pour faire reconna\u00eetre une identit\u00e9 donn\u00e9e dans un contexte donn\u00e9, \u00e0 des fins d\u2019effectivit\u00e9 communicationnelle et d\u2019appr\u00e9hension exp\u00e9rientielle\u00a0\u2013 dont l\u2019auto-ethnographie a pu nous donner un aper\u00e7u.<\/p>\n<h1 style=\"font-weight: 400\"><strong>R\u00e9f\u00e9rences bibliographiques<\/strong><\/h1>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"font-weight: 400\">Auchlin, Antoine (2016). \u00ab <em>L\u2019exp\u00e9rience du discours\u00a0: Comment et pourquoi y accrocher son attention\u00a0?<\/em> \u00bb, in : Messmer, Heinz\u00a0&amp; Kim Stroumza (\u00e9ds.), <em>Langage et savoir-faire : Des pratiques professionnelles du travail social et de la sant\u00e9 pass\u00e9es \u00e0 la loupe<\/em>. Gen\u00e8ve, \u00c9ditions ies, 113\u2011145.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"font-weight: 400\">Barb\u00e9ris, Jeanne-Marie (1999). \u00ab\u00a0Analyser les discours\u00a0: Le cas de l&#8217;interview sociolinguistique \u00bb, in: Calvet, Louis-Jean &amp; Pierre Dumont (\u00e9ds.), <em>L\u2019enqu\u00eate sociolinguistique<\/em>, Paris, L\u2019Harmattan, 125-148.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"font-weight: 400\">Blanchet, Philippe (2018). \u00ab Entre droits linguistiques et glottophobie, analyse d\u2019une discrimination institu\u00e9e dans la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise \u00bb, <em>Cahiers de la LCD<\/em>, <em>7 <\/em>(2), 27\u201144.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"font-weight: 400\">Defays, Jean-Marc &amp; D\u00e9borah Meunier (2015). \u00ab\u00a0Cachez cette erreur que je ne saurais voir\u00a0!\u00a0\u00bb, <em>Pratiques. Linguistique, litt\u00e9rature, didactique<\/em> <span class=\"no-hyphens\">[en ligne]<\/span>,\u00a0167\u2011168.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"font-weight: 400\">Francard, Michel (1993). \u00ab Trop proches pour ne pas \u00eatre diff\u00e9rents. Profils de l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 linguistique dans la Communaut\u00e9 fran\u00e7aise de Belgique \u00bb, in Francard, Michel (\u00e9d.), <em>L\u2019ins\u00e9curit\u00e9 linguistique dans les communaut\u00e9s francophones p\u00e9riph\u00e9riques<\/em>, Leuven, Peeters, 61\u201170.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"font-weight: 400\">Francard, Michel (1995). \u00ab\u00a0Nef des Fous ou radeau de la M\u00e9duse\u00a0? Les conflits linguistiques en Belgique\u00a0\u00bb, <em>LINX<\/em>\u00a033 (2), 31\u201146.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"font-weight: 400\">Francard, Michel (1998). \u00ab\u00a0La l\u00e9gitimit\u00e9 linguistique passe-t-elle par la reconnaissance d\u2019une vari\u00e9t\u00e9 &#8222;nationale&#8220;\u00a0? Le cas de la communaut\u00e9 fran\u00e7aise de Wallonie-Bruxelles\u00a0\u00bb, <em>Revue qu\u00e9b\u00e9coise de linguistique<\/em>\u00a026(2), 13\u201123.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"font-weight: 400\">Francard, Michel, Jo\u00eblle Lambert &amp; Fran\u00e7oise Berdal-Masuy (1993). <em>L\u2019ins\u00e9curit\u00e9 linguistique en Communaut\u00e9 fran\u00e7aise de Belgique<\/em>, Bruxelles, Service de la langue fran\u00e7aise &#8211; Communaut\u00e9 fran\u00e7aise Wallonie-Bruxelles.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"font-weight: 400\">Gillot, Pascale (2013). \u00ab\u00a0Pour une th\u00e9orie non subjectiviste de la subjectivit\u00e9\u00a0: Jacques Lacan relu par Michel P\u00eacheux\u00a0\u00bb, <em>Savoirs et clinique<\/em> 16 (1), 36\u201146.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"font-weight: 400\">Klinkenberg, Jean-Marie (2015). <em>La langue dans la cit\u00e9\u00a0: Vivre et penser l\u2019\u00e9quit\u00e9 culturelle<\/em>, avec pr\u00e9face par Bernard Cerquiligni, Bruxelles, Les Impressions Nouvelles.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"font-weight: 400\">Lahire, Bernard (2019). <em>Dans les plis singuliers du social\u00a0: Individus, institu&shy;tions, socialisations<\/em>, Paris, La D\u00e9couverte.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"font-weight: 400\">Maingueneau, Dominique (1992). \u00ab\u00a0Le tour ethnolinguistique de l\u2019analyse du discours\u00a0\u00bb, <em>Langages <\/em>105,\u00a0114\u2011125.<\/p>\n<p class=\"hanging-indent\" style=\"font-weight: 400\">Mathy, Adrien (2017). <em>La reconstruction identitaire de l\u2019occitan sur le web\u00a0: Un cas de planification (\u00e9pi-)linguistique\u00a0? Analyse du discours des locuteurs<\/em>. Pr\u00e9sentation : Journ\u00e9e d&#8217;\u00e9tudes sur le Traitement des Sources Gallo&shy;romanes (TraSoGal), \u00e9dition 2017, Li\u00e8ge, Belgique, in: &lt;<a href=\"https:\/\/hdl.handle. net\/2268\/212331\">https:\/\/hdl.handle.net\/2268\/212331<\/a>&gt; [17.03.2025].<\/p>\n<div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"font-weight: 400\">\n<div>\n<p class=\"hanging-indent\">\n<\/div>\n<\/div>\n<hr class=\"before-footnotes clear\" \/><div class=\"footnotes\"><ol><li id=\"footnote-63-1\">Syst\u00e8me de transcriptions pour les dialectes wallons, invent\u00e9s par Jules Feller, linguiste belge, dans les ann\u00e9es 1900. Le wallon refondu repose, par ailleurs, sur un syst\u00e8me autre qui ne cherche pas \u00e0 retranscrire phon\u00e9tiquement les dialectes wallons, mais \u00e0 proposer une \u00e9criture unique pour tous les wallons. <a href=\"#return-footnote-63-1\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 1\">&crarr;<\/a><\/li><\/ol><\/div>","protected":false},"author":419,"menu_order":2,"template":"","meta":{"pb_show_title":"on","pb_short_title":"Parler en r\u00e9action ou la constitution agonistique d\u2019une identit\u00e9 linguistique","pb_subtitle":"","pb_authors":["adrien-mathy"],"pb_section_license":""},"chapter-type":[],"contributor":[73],"license":[],"class_list":["post-63","chapter","type-chapter","status-publish","hentry","contributor-adrien-mathy"],"part":3,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/dlf.uzh.ch\/openbooks\/xii-dies-romanicus-turicensis\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/63","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/dlf.uzh.ch\/openbooks\/xii-dies-romanicus-turicensis\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters"}],"about":[{"href":"https:\/\/dlf.uzh.ch\/openbooks\/xii-dies-romanicus-turicensis\/wp-json\/wp\/v2\/types\/chapter"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dlf.uzh.ch\/openbooks\/xii-dies-romanicus-turicensis\/wp-json\/wp\/v2\/users\/419"}],"version-history":[{"count":37,"href":"https:\/\/dlf.uzh.ch\/openbooks\/xii-dies-romanicus-turicensis\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/63\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":783,"href":"https:\/\/dlf.uzh.ch\/openbooks\/xii-dies-romanicus-turicensis\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/63\/revisions\/783"}],"part":[{"href":"https:\/\/dlf.uzh.ch\/openbooks\/xii-dies-romanicus-turicensis\/wp-json\/pressbooks\/v2\/parts\/3"}],"metadata":[{"href":"https:\/\/dlf.uzh.ch\/openbooks\/xii-dies-romanicus-turicensis\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/63\/metadata\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/dlf.uzh.ch\/openbooks\/xii-dies-romanicus-turicensis\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=63"}],"wp:term":[{"taxonomy":"chapter-type","embeddable":true,"href":"https:\/\/dlf.uzh.ch\/openbooks\/xii-dies-romanicus-turicensis\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapter-type?post=63"},{"taxonomy":"contributor","embeddable":true,"href":"https:\/\/dlf.uzh.ch\/openbooks\/xii-dies-romanicus-turicensis\/wp-json\/wp\/v2\/contributor?post=63"},{"taxonomy":"license","embeddable":true,"href":"https:\/\/dlf.uzh.ch\/openbooks\/xii-dies-romanicus-turicensis\/wp-json\/wp\/v2\/license?post=63"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}